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Chapitre 8 : Les écoles noires

  Kopp se tourne vers Mara, son regard redevenu calme.

  — Détache-le.

  Elle hésite, ses yeux glissent vers moi, puis vers lui.

  — Fais-le, répète-t-il, plus bas.

  Elle s'exécute. Les cordes glissent, mes poignets me br?lent encore. Le sang recommence à circuler.

  Je me frotte les mains, les yeux fixés sur lui.

  — Tu peux partir maintenant, dit-il simplement.

  Je relève la tête, un rictus amer au coin des lèvres.

  — Ah ouais ? C'est tout ? Vous me séquestrez, vous me tordez le cerveau, vous jouez au démon de salon... et je dois juste partir ?

  Il me regarde, impassible.

  — Je t'ai dit que tu pouvais partir.

  — Ouais ben j'ai pas demandé la permission, chef.

  Je me redresse d'un bond, la colère prenant le dessus sur la peur. Deux pas et je suis sur lui. Mes mains vont vers son col, sans réfléchir.

  Mais il ne bouge pas.

  Sa main, rapide comme un fouet, me saisit à la gorge.

  Je suffoque aussit?t. Mes pieds quittent presque le sol.

  Son regard noir me transperce, implacable.

  Et malgré la douleur, malgré le vertige, un sourire m'échappe, tordu, douloureux :

  — T'es... sacrément tactile, patron. D'habitude, faut au moins un verre avant qu'on m'étrangle.

  Puis la pression augmente.

  Je sens mes veines pulser sous ses doigts. Mes mains agrippent son bras, inutiles.

  — J'ai demandé ?a aussi à Asmodée, dit-il calmement. Pour virer les clients trop bruyants.

  Ma vue se brouille. Mes jambes battent dans le vide.

  Et soudain, il me relache.

  Je m'effondre, heurtant le sol dans un bruit sourd.

  Je tousse, l'air déchire ma gorge. Une main sur mon cou, l'autre au sol pour ne pas tomber.

  Mara s'accroupit aussit?t.

  — Soren ! Respire, respire doucement...

  


  


  Je crache, j'inspire, mes poumons hurlent.

  Face à moi, Kopp reste debout. Impeccable. Immuable.

  Derrière lui, l'escalier monte vers la lumière.

  Je lève les yeux vers lui, encore à moitié à genoux, et murmure, la voix rauque :

  — Tu sais quoi... ton club, il pue la mort.

  Un silence. Puis un sourire à peine visible étire les lèvres du patron.

  — C'est le principe.

  Kopp reste un moment immobile, à me regarder reprendre mon souffle.

  Puis, lentement, il s'accroupit. Un genou au sol, à ma hauteur.

  Son costume ne fait aucun pli.

  Ses yeux, derrière ses lentilles, semblent presque humains à nouveau. Presque.

  — Reprends ton souffle, Soren.

  Sa voix est plus basse maintenant. Plus calme, presque... douce.

  Mais chaque mot sonne comme une lame polie.

  — Je ne t'en veux pas pour ton geste. C'est... naturel. La peur, la colère, la confusion. On les partage tous, au début.

  Il pose un coude sur son genou, joint les mains devant lui.

  — Maintenant que t'es réveillé pour de bon, on va parler.

  Je le fixe sans répondre. Ma gorge me br?le, mais je tiens son regard.

  — Tu vas m'écouter attentivement, reprend-il. Parce que tout ce que tu crois savoir sur ce monde va voler en éclats à partir de maintenant.

  Il se redresse légèrement, toujours accroupi.

  — Tu veux savoir ce qu'est le Red Velvet ? Ce que sont les gens que t'as vus là-haut ? Ce qu'est une "école Noire" ?

  Il marque une pause. Un sourire étire à nouveau ses lèvres.

  — Eh bien je vais te le dire.

  Il lève un doigt, comme pour compter.

  — Ce que t'as vu là-haut, ce n'est pas un bar. C'est une fa?ade.

  Une des nombreuses planques des écoles. Des refuges pour ceux qui ont... passé un pacte.

  Stolen from its rightful place, this narrative is not meant to be on Amazon; report any sightings.

  Je fronce les sourcils, sans comprendre.

  — Des contractants. Des hommes et des femmes qui ont troqué une part d'eux-mêmes contre un pouvoir. Une infime portion de la force d'un démon majeur.

  Il incline la tête, ses yeux pétillent d'un éclat malsain.

  — Asmodée, Bélial, Béelzébub, Mammon, Lucifer, Lilith... chacun a ses disciples, ses écoles, ses doctrines.

  Kopp s'accroupit devant moi, posant un genou à terre.

  Son regard ne me lache pas, calme, presque compatissant.

  — T'as mis le pied là où t'aurais jamais d?. Alors écoute bien, Soren. Ce que je vais te dire, c'est pas du folklore. C'est la fondation de tout ce qu'on cache ici.

  Je garde le silence, les poignets encore rouges des liens.

  Il continue, d'une voix basse, presque rituelle.

  — Il existe huit démons majeurs. Huit princes qui gouvernent les failles humaines. On les appelle . Chacun représente un vice, une force, un poison... et un pouvoir.

  Il marque une pause.

  Son regard se fait plus per?ant.

  — Le premier, c'est Béelzébub

  Là où il passe, tout se corrompt : la chair, les idées, la foi.

  Ses disciples manipulent la chair vivante, transforment les maladies en armes.

  Certains peuvent pourrir un corps d'un simple contact... d'autres guérissent en inversant la pourriture.

  Mais rien ne vit longtemps près d'eux.

  Je fronce les sourcils, mal à l'aise.

  — Charmant départ.

  Il esquisse un sourire sec.

  — Le second : Asmodée

  Il ne donne pas le plaisir, il dévore l'envie.

  Ses enfants attisent les pulsions jusqu'à la folie : sexe, pouvoir, contr?le, faim.

  Ils peuvent asservir un esprit en lui offrant ce qu'il désire le plus.

  C'est son symbole que tu as vu le cercle et la coupe. La faim de posséder. Si on a choisi un club de strip-tease comme fa?ade c'est parce que c'était la meilleure fa?on d'utiliser nos pouvoir en générant de l'argent

  Un frisson me parcourt.

  Je me rappelle le sigle, brillant dans le noir.

  — Ensuite vient Lucifer

  Il offre la connaissance absolue, mais sans morale.

  Ses adeptes touchent à la vérité brute, celle qui br?le les yeux et détruit ceux qui ne sont pas prêts.

  C'est lui qui pousse les hommes à défier Dieu... et à se croire à sa place.

  Je souffle, amer :

  — J'vois le genre. Le savoir rend fou.

  — Exactement, dit Kopp.

  Puis il reprend :

  — Lilith

  Ses dons donnent la beauté, la séduction, mais surtout la liberté absolue.

  Ceux qu'elle marque deviennent impossibles à soumettre.

  Mais la liberté totale, Soren... ?a isole. Toujours.

  Je croise son regard, plus grave que je veux le montrer.

  — Astaroth

  Il détient le savoir caché, la mémoire des choses oubliées.

  Ses initiés lisent dans les esprits, manipulent les souvenirs, ou déforment les vérités.

  Il parle à travers les rêves, murmure des secrets qu'on préférerait ignorer.

  Je déglutis.

  — Donc, la folie, version érudite.

  Il hoche la tête.

  — Mammon

  Ceux qu'il touche peuvent générer richesse et abondance, mais tout ce qu'ils touchent devient transaction.

  Plus rien n'a de valeur sans prix.

  — Super, le dieu des banquiers.

  Kopp ne relève pas.

  — Et puis vient Belial

  Sa voix se fait plus lente.

  — Bélialrejet

  Il ne sert rien, ni personne. Même les Enfers n'ont jamais pu le plier.

  Ceux qu'il marque... ne supportent ni les ordres, ni les mensonges.

  Ils sentent la fausseté comme une br?lure, démasquent les faux-semblants souvent malgré eux.

  Mais cette lucidité les détruit, Soren. Parce qu'ils finissent par douter de tout.

  Et il y a pire.

  Ceux qui portent la trace de Bélial peuvent convaincre n'importe qui de commettre un péché majeur

  Pas par manipulation, ni par magie.

  Juste... en parlant.

  Leur voix porte la tentation brute, celle qui réveille ce que chacun cache au fond.

  Ils n'ont pas besoin d'ordonner. Il leur suffit de suggérer.

  — C'est pour ?a, conclut Kopp en me fixant, que les disciples de Bélial sont les plus dangereux.

  Pas parce qu'ils mentent.

  Mais parce qu'ils disent trop

  Kopp reste un instant silencieux, toujours accroupi devant moi.

  Ses yeux, redevenus gris acier derrière les lentilles, me scrutent sans relache.

  — Tu n'as pas de marque, dit-il enfin. Pas de contrat visible.

  Pourtant... il y a quelque chose chez toi.

  Un écho. Une trace.

  Il penche la tête, presque intrigué.

  — Dis-moi, Soren.

  Malgré tout ?a malgré le fait que tu n'aies jamais pactisé, tu n'as jamais eu l'impression de pouvoir faire des choses que d'autres ne peuvent pas

  Je reste muet un instant. Ses mots résonnent trop juste.

  Je finis par murmurer :

  — Je sais quand les gens mentent.

  Kopp arque un sourcil.

  — Tu veux dire... comme une intuition ?

  — Non. Pas une intuition.

  Je le sais

  Je le vois dans leurs yeux, dans leurs gestes, dans leur voix.

  C'est comme une vibration dans l'air, un frisson qui me dit

  Et... depuis que je suis gamin, ?a m'a jamais trompé. Et puis... j'ai ce talent de pouvoir "manipuler la foule".

  Il reste silencieux, mais son regard se fait plus lourd.

  — Ouais. J'ai toujours su... comment parler aux gens. Comment tourner les mots pour les faire réagir. Les calmer. Ou les faire exploser. Mais j'ai jamais voulu m'en servir.

  Un petit silence s'installe.

  Kopp plisse légèrement les yeux.

  —

  Je baisse la tête. Mon souffle se bloque un instant.

  Puis je lache, d'une voix basse :

  — Quand j'étais gosse... Je me faisais tabasser à l'école. Tous les jours. Parce que j'avais pas de père, et que ma mère... ma mère, elle est malade. Et les gens, les gosses, ils sentent quand t'es pas normal.

  Je souris, un peu, sans joie.

  — J'avais des fringues trop petites, pleines de taches, des baskets trouées. La famille d'accueil s'en foutait. Ils me filaient juste de quoi bouffer.

  Je relève un peu les yeux vers lui.

  — Un jour, j'en ai eu marre. J'ai juste dit à un type, que s'il continuait, il finirait par faire du mal à quelqu'un qu'il aime. Je voulais juste qu'il me lache. Mais le lendemain... il a cogné son petit frère. Et il a pleuré toute la semaine.

  Le silence tombe, lourd.

  — Pourquoi je dis tout ?a... ? Pensait-je à voix haute.

  Kopp ne sourit pas. Ses yeux noirs me transpercent, mais il reste calme.

  — Les lentilles, explique-t-il doucement, ne font que baisser l'intensité de ton pouvoir. Elles ne le bloquent pas. Tout ce que tu ressens, tout ce que tu dis... c'est toi. Amplifié ou limité, mais jamais supprimé.

  Même Mara détourne les yeux.

  Kopp, lui, ne dit rien pendant un long moment.

  Ses doigts tapotent machinalement contre sa cuisse.

  Puis, lentement :

  — ...Bélial.

  Il relève le regard vers moi, une ombre dans la voix.

  — Ce que tu décris... c'est lui.

  Ce n'est pas un hasard, Soren.

  Kopp me fixe un long moment, ses yeux noirs comme des abysses. Il penche légèrement la tête, comme pour mieux sonder mes réactions.

  — écoute-moi bien, Soren, dit-il enfin, d'une voix calme mais tranchante. Tu n'es pas un contractant. J'ai aucune idée de ce que tu es ni de ce que ton don implique.

  Je fronce les sourcils, la tension me serre la poitrine. Pensant après réflexion que ce mec ressemble vachement à Dwayne Johnson.

  — Mais... continue-t-il, chaque pas que tu feras désormais, chaque regard que tu poseras sur eux... tout ce que tu feras attirera l'attention des contractants. Que tu le veuilles ou non, que tu comprennes ou non.

  Mon esprit s'emballe. Il a dit "... comme Mara. Comme tout ce qui a précédé ce soir.

  — Le fait que tu aies été attiré par Mara n'est pas un hasard, précise-t-il, presque comme un murmure qui résonne dans ma tête. Et ce ne sera pas la dernière fois. Tu seras attiré par eux encore et encore.

  Je serre les dents, une bouffée de colère et de peur mêlées. Et en plus il a la même voix que lui et ?a me gonfle.

  — Si tu choisis de t'engager sur cette voie dangereuse... poursuit-il, tes yeux rivés aux miens, tu devras découvrir par toi-même les repaires des écoles. Personne ne viendra te tendre la main. Personne ne t'expliquera rien.

  Je sens un frisson me parcourir l'échine. Il fait une pause, me laissant digérer la gravité de ses mots. Est-ce qu'il s'énervera si je lui dit que j'ai pas aimé fast and furious...?

  — Et souviens-toi, Soren... conclut-il d'une voix basse, presque philosophique, quand tu regardes le vide... le vide te regarde aussi.

  J'en ai pas grande chose a foutre, j'suis acrophobe de toute manière, le vide, je l'approche pas. Mais en tout cas, le monde que je croyais comprendre... vient de se fracturer, et je sais qu'à partir de maintenant, rien ne sera plus jamais simple.

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