à son réveil, une seule idée le hantait, manger. Son ventre famélique réclamait sa pitance. Malgré les complaintes lancinantes, il ne pouvait s’en soustraire. Sortir de sa chambre, traverser le couloir, ouvrir la porte, Lyk comptait mentalement ses pas.
— Plus que dix-sept ! compta le jeune homme exténué.
Le soleil au zénith baignait la grotte d’une lumière douce. Pourtant, ses yeux se plissaient. Les oiseaux environnants chantaient, ravis de revoir leur ami. Tous ces chants et ces piaillements venaient heurter la sensibilité de ses oreilles.
— Treize pas, je dois continuer d’avancer.
Ses jambes musclées peinaient à le faire avancer. Au sol, quelques planches faisaient office de remparts pour garder la fra?cheur de la cave. Il tenta de les pousser du bout des pieds. Malheureusement pour lui, elles étaient bien trop lourdes.
— Encore six pas et ce maudit obstacle ! maugréa-t-il.
Le druide s’agenouilla et écarta les planches, laissant appara?tre une petite ouverture. Un halo de lumière triangulaire illumina la moitié de son garde-manger. Il se laissa glisser sur les marches. La pénombre était présente, mais Lyk connaissait bien les lieux.
Il distinguait vaguement le positionnement des jarres restantes. Au fond de l’une d’entre elles, le jeune homme avait caché un fromage dont il était friand. En haut ? En bas ? Son cerveau ne le savait plus. Lyk saisit le récipient devant ses yeux. Sa main plongea avidement dans le fond de la jarre. Alors, il poussa le gros sel du bout des doigts puis palpa.
— Trouvé !
Fier de sa prise, il sortit un énorme morceau de Cantal, à la cro?te dorée et au go?t fruité de noisette. Impossible d’attendre plus longuement, le jeune homme le mordit à pleines dents.
Son second repas fut une soupe de pommes de terre, poireaux, oignons rouges, choux, relevée de coriandre et de pain dur. Au quatrième bol englouti, son estomac était rempli.
Le jeune homme alla chercher sa blague à tabac. Allongé à même le sol, repu, face au feu de camp. Son corps et son mental avaient été mis à rude épreuve les jours précédents. De ses doigts habiles, il roula un batonnet rempli de feuilles brunatres et y saupoudra une fleur de rêve broyée.
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Son estomac comblé, Lyk s’étendit près du feu, laissant la chaleur se diffuser dans ses membres fatigués. Batonnet en bouche, il savourait le moment présent, ses pensées dérivèrent au rythme des oscillations incertaines des flammes.
Le druide laissa son esprit s’ouvrir.
Les chants lointains des oiseaux et le crépitement du feu se mêlaient, tissant un voile fragile entre le réel et les rêves. Dans la fumée montante, les personnes de ses rêves prenaient vie, cherchant le détail qui lui avait échappé, puis disparaissaient tels des êtres chimériques.
Le regard perdu dans le néant de ses pensées. Lyk crut apercevoir, au loin, une forme incandescente dans le ciel de fin de journée, aux teintes bleu orangé.
S’obligeant à sortir de cette léthargie, il fixa de longues minutes cette chose qui se rapprochait. Quatre silhouettes ailées sortirent d’un nuage flanant au-dessus de l’horizon. Dans le firmament devenu à présent rougeoyant, ils entamèrent leurs descentes.
— Se pourrait-il que… murmura-t-il, la gorge serrée. Non… impossible !
Sans réfléchir, il s’élan?a vers la falaise.
Ce furent deux aigles imposants à têtes blanches qui se posèrent en premier. Leur atterrissage parfait fit voltiger un amas de poussière. Instinctivement, ils scrutèrent les environs avec leurs yeux per?ants, puis émirent un cri strident puissant. Le jeune homme ne reconnu pas ce langage.
Le druide reconnut sur le champ le troisième arrivant. Son amie, Makeow, qui peinait à garder sa stabilité. De fa?on chaotique, elle posa ses frêles pattes anthracite au sol, tenta quelques pas et tomba sur le c?té, le souffle court.
L’aigrette au plumage blanc et doré avait accompli un exploit en faisant l’aller-retour, d’ici jusqu’à l'?le Plume.
Lyk se précipita et prit l’oiseau exténué dans les bras. Il lui caressa les plumes tout en fouillant dans ses poches, puis en sortit quelques miettes de pain dur. Le jeune homme avait acquis ce réflexe depuis qu’il vivait ici. Toujours avoir du pain sur soi lui permettait de pouvoir nourrir l’ensemble des animaux vivants sur cette ?le.
Subitement, l’air ambiant se réchauffa. Une douce chaleur bienfaitrice vint les envelopper. Le druide connaissait une seule chose capable de faire ?a. Le roi des oiseaux, Flambor Rubisfeu.
Un oiseau majestueux fit son apparition, monarque absolu de la faune aviaire. Cet animal mystique incarnait le brasier perpétuel, gardien du feu originel. Près du corps, telle une flamme, son plumage bleu virait à l’orangé, puis au jaune incandescent vers les ailes et la tra?ne. Sur son poitrail, une coulée de lave paraissait palpiter sous les plumes, du gris cendre au rouge ardent.
Sa huppe en désordre, son regard azur et son bec charbon révélaient son grand age. La chaleur faisait onduler l’air autour de lui, tandis que de fines flammèches s’échappaient de son plumage en crépitant doucement.
Le phénix se posa délicatement sur la corniche puis s’avan?a vers Lyk. à chaque pas du roi, le sol noircissait instantanément. Une odeur de terre br?lée donna l’alerte au souverain. Celui-ci fit descendre sa température corporelle au plus bas niveau. L’oiseau de feu fit une légère révérence devant le jeune homme.
— Salutations, mon jeune ami, pronon?a le phénix d’une voix crépitante, telle une b?che dans l’atre.
— Salutations, ? roi des oiseaux ! répliqua le druide, en posant un genou à terre.
— Cesse donc tes enfantillages.
— Pardonnez-moi, votre seigneurie ! s'excusa Lyk en exagérant une courbette, le sourire mutin.
L’animal légendaire poussa un soupir.

