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Objectif Legäu

  Nous avan?ons dans la forêt. Leims ouvre la voie, et je protège nos arrières. Abbia n’est pas encore en état de combattre, un repas ne suffira pas à la remettre sur pieds, encore moins en n’ayant que de la viande de troll. Mais c’est étrange, il n’y a pas un animal à la ronde, et ce depuis plus d’une semaine ! Je décide d’en parler à mes compagnons :

  


      
  • “C’est quand même étrange, ?a fait cinq jours et je n'ai toujours pas vu un seul animal.”


  •   
  • “Oui, même quand tu dormais il n’y en avait pas non plus.” Leims répondit


  •   
  • “Désolé, c’est s?rement à cause de moi.”


  •   


  Leims et moi nous arrêtons. Il se retourne.

  


      
  • “Qu’est ce que tu veux dire ?”


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  • “Contrairement aux autres types d’elfes, les elfes noirs sont des repoussoirs à animaux, ils nous fuient comme la peste. Dès qu’ils nous sentent, ils se cachent et ne sortent pas avant d'être s?rs que nous soyons assez loin. Je croyais que c’était assez connu comme information.”


  •   


  Je la regarde d’un air à la fois surpris et dégo?té.

  


      
  • “ Quoi vous ne saviez pas !?” Abbia continua


  •   
  • “Alors c’est pour ?a que tu nous as demandé si on était s?r pour t’emmener ?” Leims renchérit


  •   


  Ce n'est pas très grave. Allez, prends sur toi. Prends sur toi.

  J’essaie de contenir ma rage. Je vais vraiment devoir manger du troll jusqu’à la fin ?

  


      
  • “Ah, mais par contre les monstres nous adorent ! Enfin, adorent nous manger.” Abbia s’enfonce encore plus, mais ?a à le mérite d’avoir transformé ma rage en pitié. En plus de moi, ont est maintenant deux à porter la poisse visiblement. Mais une question m’interpelle :


  •   
  • “Mais si tu le savais pourquoi es tu seule en forêt, et sans nourriture ?”


  •   
  • “J’ai fugué. J’en avais marre de ma famille, de ma cité, des autres elfes noirs. Alors je suis parti. Je suis parti par la forêt pour ne pas me faire voir. Je pensais vite arriver dans une autre ville. Mais ensuite, je me suis fait poursuivre par des monstres, encore et encore. Jusqu’à arriver dans l’arbre tourbillonnant. J’ai d? y rester trois jours sans descendre. Puis vous êtes arrivé.”


  •   


  Leims écoute en silence. Lui qui n’a jamais eu de famille, que peut-il ressentir face à quelqu’un qui l’a volontairement quitté ?

  


      
  • Et vous, comment êtes vous arrivé là ?”


  •   


  Leims répondit en premier avec aplomb

  


      
  • “Je suis fais rouler par mon employeur, j'suis parti et puis elle m’a embarqué”


  •   


  Je le suivis, suivant son enthousiasme

  


      
  • “J'me suis fait poursuivre par un troll, j’suis tombé sur lui, et comme il a aucun sens de l’orientation, je l’ai embarqué.”


  •   


  Elle me regarde d’un air craintif.

  Quoi ? J’ai dit un truc qu’il fallait pas ?

  Elle se décide finalement à parler

  


      
  • “Dans ce cas… Pourquoi c’est lui qui dirige ?”


  •   


  Hein ?

  Je regarde Leims devant nous. Je regarde le soleil se coucher à notre droite.

  Nous avan?ons vers le Nord, pas vers l’Est ! Oh, la bourde !

  Rapidement, je me déplace vers l’avant avant d’indiquer à Leims d’aller à l’arrière. Il grogne un moment mais finit par s'exécuter. Nous risquons vraiment de ne jamais arriver à Leg?u. Nous décidons de reprendre la marche et de parler pendant ce temps. La nuit arrive, nous nous dépêchons de commencer notre récolte de mousses et de faire cuire la viande de troll.

  Alors que le feu br?le, je décide de monter à un arbre pour voir les étoiles. L’odeur de la fumée se dissipe peu à peu et laisse place à celle de la nature. L’air est frais, c’est bient?t la fin de l’été. Les feuilles sifflent gentiment. Des trolls se couchent aux loin. Les étoiles illuminent le ciel. Jaunes, vertes, rouges, violettes, bleues et blanches. Filantes ou figées. Elles éclairent comme si rien n’a jamais eu d’importance. Melas et Destras, les deux lunes nommées après les déesses, brillent de leur teinte turquoise et rouge respectivement. Des tra?nées d’étoiles se rencontrent comme les vagues à la surface de l’eau. Les nébuleuses valsent encore ce soir, dans ce ballet cosmique organisé par les Dieux.

  Soudain, une tête à oreilles pointues sort des feuillages. Elle s’installe à ma droite. Elle parle d’une voix calme, presque mélancolique :

  


      
  • “Tu sais, chez les elfes noirs, ce qui importe le plus c’est la puissance physique. La magie, ce n'est pas notre fort. ”


  •   


  Je tourne la tête dans sa direction. Elle fixe le ciel, les étoiles se réfléchissent dans ses yeux bleus. Elle continue :

  


      
  • “Depuis l’enfance, chaque elfe noir apprend que nous ne sommes pas fait pour la magie. Que nous devons rester cachés, protégés au sein de notre cité. Que chaque étranger cherchera à nous utiliser comme force de travail, sans que nous puissions utiliser la magie pour nous défendre. Je n’en étais pas convaincu, alors je suis partie pour vérifier. Lorsque je vous ai vu, je dois avouer que ces préjugés sont les premières choses qui m’ont traversé l’esprit. C’est d’ailleurs pour ?a que je t’ai attaqué immédiatement. Après avoir passé ces quelques heures en v?tre compagnie, je me suis rendu compte que c’était faux. Je suis désolée.”


  •   
  • “Mmh… Je ne pense pas que tu ais à t’excuser. Dans ta situation j’aurais s?rement fait pareil. Quant aux préjugés, si tu veux un conseil, ne baisse jamais ta garde. Jamais. Les humains sont capables du meilleur comme du pire. Malheureusement, le pire est beaucoup plus facile à atteindre. Parole de Sainte.”


  •   


  Je regarde l’horizon. La forêt s’étend à perte de vue. Les lumières d’un village sont visibles au loin. La solitude est vraiment palpable, hein ? Attends…

  Les lumières d’un village ?

  Je me relève brusquement, Abbia est surprise. Je plisse les yeux et oui, il y a un village ! Je le pointe du doigt à Abbia. Nous sommes toutes deux excitées de cette découverte ! Je vais enfin pouvoir retrouver la civilisation, prendre un bain et même changer de vêtements ! Mais ne nous affolons pas trop vite. Selon moi, il faudra entre une et deux heures de marche pour l’atteindre. Dans la nuit, ce serait dangereux, et les villageois pourraient très mal nous accueillir. Après en avoir parlé à Leims nous avons pris la décision de passer la nuit ici et de nous mettre en route dès que le soleil se sera levé. Je n’ai pas réussi à dormir cette nuit-là, l’excitation m’en empêchait.

  - - -

  Le soleil se lève. Leims et Abbia sont déjà prêts. Je fais rapidement mes affaires, non pas que j’en ai beaucoup mais bon. Nous nous mettons en marche vers le village aper?u hier. Il nous faut bien deux heures de marche avant d’atteindre une batisse excentrée.

  “C’est étrange, des vitres sont brisées et des portes sont éventrées.” Dis-je sur un ton appréhensif en faisant un tour rapide du batiment. Une odeur très désagréable se dégage de l’intérieur de la maison. Je n’aime pas ?a.

  Leims, visiblement tout aussi inquiet que moi, me répond “Oui… Pourtant, les lumières sont encore allumées. Et il y a des traces visibles de pas et d’usure récentes. C’est comme si les habitants avaient tenté de résister à une attaque récente.”

  Abbia, s’appuyant sur son baton, demanda “Peut-être d’animaux sauvages ?”

  Leims, visiblement peu convaincu, finit par révéler ce qui nous semblait le plus probable “Non, les animaux de la région ne sont ni assez confiant ni assez fort pour s’approcher des humains. Tandis que les monstres, eux, sont trop forts pour si peu de dégats. Cela ne peut être que d’origine humaine.”

  Une pensée me traversa l’esprit et je ne pus réprimer un “Ou pire…” Qui finit de faire comprendre à Abbia que cette situation n’était vraiment pas normale. Nous nous décidons à entrer.

  Il ne faut pas longtemps pour comprendre où sont passés les habitants. Les murs sont couverts de traces de sang. Les meubles sont retournés. Un cadavre est étendu dans un coin non-visible de l’extérieur. Je m’agenouille et l’examine. “Pas de pouls, corps froid et pale vert. Il est mort récemment, je dirais pas plus de trois jours.”

  Leims, pensif, sort de la maison et se place sur le chemin la reliant au reste du village, “Deux jours c’est largement assez pour que les villageois se rendent compte que quelque chose ne va pas.”

  Abbia, n’ayant jamais été dans un environnement humain, demanda “Ah bon ? Chez les elfes on ne sort parfois pas de chez nous pendant des semaines.”

  “Chez les elfes peut-être, mais pas chez les humains. Nous devons régulièrement aller au marché chercher de la nourriture, aller prier les dieux ou nous concerter pour résoudre les problèmes communautaires.” lui répondis-je en rejoignant Leims sur le chemin. “Bon… bah, puisqu’il faut y aller.” dis-je à Abbia pour qu’elle nous rejoigne.

  Le chemin est fait de terre battue, les environs sont des vergers à pommes. Je ne peux m'empêcher, je m’approche d’un arbre, cueille une pomme et la mange. Son go?t sucré me remplit la bouche. Une larme coule sur ma joue.

  ?a y est ! Le calvaire est fini !

  Je la termine rapidement, puis en cueille un autre. Et encore une. Et encore une. Leims et Abbia doivent me retenir d’en prendre plus. Mais il ne se gêne pas pour eux même en récolter.

  Après ce petit encas, nous reprenons le chemin. Enfin, nous arrivons au village. Ce que nous voyons nous glace le sang. Je vomis les pommes prises juste avant. La même scène, répétée en boucle encore et encore. Des cadavres partout, hommes, femmes, vieillards, et aussi des enfants. Même les animaux n’ont pas été épargnés. Des tripes en tout genre jonchent le sol. Les maisons sont désertes. Il règne un silence gla?ant, une odeur à faire vomir une mouche et une vue à rendre fou un guerrier. Leims observe silencieusement la scène, sa peine ne fait pas de doute. Abbia, quant à elle, fixe la scène d’un calme étrange. Trop étrange. Je l’interpelle “Abbia ? Est-ce que ?a va ?”. Pas de réaction. Je passe la main devant ses yeux. Pas de réaction. Je commence à la secouer “Abbia ! Abbia ! Réponds moi !” Leims pose sa main sur mon épaule, sans toutefois détourner le regard du massacre. “Laisse-là. Elle à d? perdre connaissance. Réflexe de protection, je suppose.” Il a sans doute raison. Mais au moment où je la relache, elle parle enfin, “Non… Merci… j-je… c’est juste que… c’est comme dans les histoires. Je ne pensais pas que ?a puisse exister vraiment. C’est tout.” Elle tente de me rassurer en souriant. C’est un sourire triste. Ses yeux, eux, ne mentent pas.

  Aucun de nous n’ose bouger. Finalement, je m’agenouille, il n’y a qu’une chose que je puisse faire. Je joins mes mains et je commence à prier pour eux, pour leur ame, qu’ils n’ont pas trop soufferts. Je suis rejointe par Abbia, et surprenamment après, par Leims. Après quelques minutes de prières, nous nous relevons. Nous n’avons malheureusement pas les moyens de leur offrir un enterrement. Leims s’approche cependant d’un cadavre. “Celle-là n’a pas d’yeux, il lui manque des dents et des ongles, et son ventre est en partie arraché. Elle n’est pas morte sur le coup, et c’était justement l’intention de son auteur.” De la torture. Pur et dur. En regardant les autres corps, les signes se répètent. Parfois, des membres ont été arrachés, d’autre fois des cadavres laissent deviner avoir d? assister ou même commettre les tortures, ou bien encore des femmes enceinte se sont vu retirer leur bébé de force. Un seul mot me traverse l’esprit.

  Enfer. Est-là l’enfer au sens pur ?

  Abbia finit par demander “Mais… Qui a pu faire ?a ? ?a ne peut pas être la faute d’un humain, non ?” Leims et moi croisons le regard, il a lui aussi des doutes. Je fais part de mes pensées “?a pourrait être une armée ou des bandits. Mais aucun d’eux n’a la cruauté de faire ?a à d'autres humains. Selon moi, ce sont les démons.” Abbia me regarde à la fois curieuse et apeurée “Les démons ? Ceux qui nous mangent ?”. Leims écoute attentivement, il n’a pas l’air de les conna?tre. Son regard le trahit.

  Je continue “Oui, les démons. Ce sont des monstres à l'apparence humaine. Ils sont censés vivre loin au Nord-Ouest d’ici, derrière monts, forêts, déserts et marais. Ils sont organisés, comme nous. Dirigé par le plus grand ennemi de l’Humanité, le Roi Démon. C’est probablement son armée qui a fait ?a.” Leims me lance un regard dubitatif “S'ils vivent si loin, pourquoi attaquer ici ?” Abbia hoche la tête avec approbation. Je dois leur expliquer la situation, “Ils vivent effectivement loin. Mais le Roi Démon a déjà tenté de prendre le contr?le du continent. Deux fois en réalité. à chaque fois, il s’est fait repousser, et les démons ont subi tellement de pertes qu’ils devaient regagner leur force des siècles durant. Depuis une dizaine d'années en revanche, les attaques ont repris. Nous ne savons pas pourquoi. C’est pour ?a que j’étais envoyé ici. J'étais sur la route du Saint-Siège pour m’y faire introduire en tant que Sainte véritable. Le Roi démon n’attaque normalement pas de fa?on détournée. Selon moi, c’est probablement des actes d’intimidation, d’où les tortures et l’éloignement du lieu. Il veut montrer qu’il peut frapper partout, tout le temps, sans aucun égard pour ses adversaires. Ah, et d’ailleurs, si vous pensez pouvoir vraiment raisonner tout le monde, sachez que les démons ont en affection la chair, et qu’il maintiennent dans leur territoire des élevages d’humains et autres créatures intelligentes.” Je regarde Leims droit dans les yeux en disant cela.

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  Peu après, nous décidons d’explorer le village. Personne n’a malheureusement survécu. L’expression de terreur et de douleur insoutenable se lit sur le visage des défunts. Nous arrivons à l’entrée du village. Une pancarte affiche ‘Bienvenue à Lau’. Une seule route part du village, et elle va vers Leg?u. Espérons que la ville n’a pas partagé le même sort. Après avoir conclu que nous ne trouverions rien de plus au village, et que ce serait irrespectueux de voler aux dépouilles, nous décidons de partir tant qu’il fait jour. Nous dormirons sur le chemin, au pied d’un arbre, l’odeur du village étant difficilement vivable plus longtemps. La fin de journée s’est effectuée en silence, nous br?lons la dernière graisse qu’il nous reste et mangeons la dernière viande de troll. Le sommeil manque, les images de la journée reviennent en boucle dans mon esprit et menacent de me retourner l’estomac. Parfois le son d’Abbia se levant pour vomir se fait entendre, d’autres fois, c’est Leims qui part faire des tours en rond. La nuit est dure.

  - - -

  Le jour se lève. Tout le monde se prépare en silence, épuisé de la nuit. L’ambiance est lourde. Personne ne peut oublier ces images, et je doute que nous en soyons capables un jour.

  Non. Il ne faut pas. Les oublier serait faire taire le témoignage des victimes.

  “Nous devons aller à Leg?u. Il faut prévenir les autorités de ce qu’il s’est passé ici.” Dis-je sur un ton déterminé. Leims et Abbia me regardent tous deux. Ils ne disent rien, mais leur regard indique toute la détermination nécessaire.

  Après un moment, Leims finit par sortir de sa bouche une phrase inattendue mais bienvenue “Je propose de suivre la route. Perdre du temps dans la forêt ne servirait à rien. Et si on peut prévenir les gens sur la route de ne pas se rendre au village, ?a m’évitera de me sentir coupable de traumatiser des innocents.” Moi et l’Elfe acquies?ons en silence.

  Nous reprenons la route. Je n’arrive pas à apprécier de nouer avec des aliments mangeables et de marcher sur un chemin actuellement fait pour. Parfois nous croisons des gens. Certains décident de tenter leur chance malgré nos supplications, d'autres décident d’attendre le récit de revenants. Je mentirais si je disais que les voir partir vers un traumatisme certain ne nous attristait pas. Mais nous n’avons malheureusement pas le temps de tergiverser en longues négociations. Au moins, ces rencontres nous ont permis d’estimer la distance jusqu’à Leg?u à encore une demi-journée de marche, nous y serons normalement pour le coucher du soleil.

  La journée continue. Le silence est toujours de mise. Nous ne nous arrêtons pas. Le soleil défile dans le ciel. L’attention que nous portons aux alentours est minime. Finalement, alors que le ciel tourne au rose-orangé, nous l’apercevons. De hautes murailles laissent difficilement entrevoir la cité. Entourée de vastes champs, la ville est comme posée au milieu d’un désert de blé.

  Le chemin rase les murs de pierres, il contourne soigneusement la cité et nous amène devant l’entrée. La nuit tombe, les gardes nous font signe de nous dépêcher si nous ne voulons pas rester dehors cette nuit. “Alors, alors… Qu'avons-nous là ?” Un premier garde commence à nous examiner de bas en haut, un second s’approche d’Abbia et lui dit “Oooh, une elfe noire hein ? Et puis exactement mon style en plus !” Leims s’interpose “Hey, tu vois pas que tu la déranges ?”. Le garde lève un sourcil moqueur “Voyez vous cela, de la résistance dans cet état et par cette heure ? Plut?t arrogant non ?” le premier garde détourne le regard de moi “Ta gueule Carl, laisse-les. Ou alors tu t’en occuperas toi-même.”, suite à la remarque de son collègue, Carl lacha un “Tsk” avant de retrouver sa position.

  Le premier continua d’examiner nos équipements “Et donc, vous avez une pièce d’identité ?” je lui répondis que non. “Mmmmh, un travail en ville ?” “Non plus.” visiblement légèrement irrité, il demanda “Alors, pouvez vous payer la taxe de passage immédiatement ?” J’ai perdu ma bourse contre le troll de l’autre jour, Leims est pauvre et Abbia n’a rien. Leims lui demande quel est le prix sur un ton à mi-chemin entre la crainte et la colère, ce à quoi un “une pièce d’argent” finit par lui faire dire “HEIN ?! Une pièce d’argent ?! Mais c’est le salaire de deux mois de travail ! C’est beaucoup trop !” le garde le regarde d’un ton moqueur “Tu paies ou tu t’casses.” Leims me lance un regard en arrière, “Et si je vous dis que cette fille est la Sainte de Melas ?” le garde ne daigne même pas détourner ses yeux “Connais pas.” Leims semble retourner son cerveau dans ton les sens, avant de détacher son épée, les gardes semblent un peu plus alertes, “Et combien pour cette épée ?” Abbia et moi sommes prisent par surprise, le garde lui semble agréablement étonné, il lui répond “Une pièce d’argent.” Leims lui donne, un regret au c?ur visible. Le garde le laisse passer, nous lui embo?tons le pas.

  Une main nous sépare. Le garde nous regarde un sourire sur son visage, Leims se retourne et lui demande “Hey, j’ai payé non ? Laissez les passer.” Le garde lui lan?a un air moqueur “Oui, tu as payé pour toi. C’est une pièce d’argent par personne.” La colère se lit très visiblement sur le visage de Leims. Je n’ai pas le choix, c’est la seule chose à peu près intacte qu’il me reste, je mets mes mains sur mes oreilles. Mes boucles d’oreilles sont toujours là. L’insigne de Melas, une femme les bras ouverts, est distinctement gravée sur chacune d’elles. “Et pour ?a, une pièce d’argent chacune ?” Elles sont en or pur, malheureusement, je n’aurais pas de meilleure offre de leur part. Il les prend, regarde son collègue, puis me sourit “Bienvenue à Leg?u.”

  Enfin, nous sommes à l’intérieur. Il faut trouver un endroit où dormir. Nous n’avons vraiment plus rien. Abbia regarde le sol, épuisée, tout comme moi. Cela fait deux jours que je n’ai pas dormi. Leims prend Abbia sur son dos. Lui aussi, ses cernes sont visibles. J’ai finalement une idée “Nous devrions chercher un temple, si c’est pour une nuit, les prêtres devraient nous accueillir.” Sur ?a, nous nous sommes mis en route pour le temple. Il dépasse la majorité des batiments, il n’est pas difficile à repérer. Une fois arrivé à ses portes, Leims frappa. Il fallut bien cinq minutes mais enfin, les portes s'ouvrirent. Un vieil homme, le dos courbé, en tenue de nuit, nous ouvrit. Il nous regarde de haut en bas mais nous n’avons même pas besoin de parler pour pouvoir entrer. Notre état est assez pathétique pour ?a. Je ne me souviens pas de la suite de la nuit. Je me suis s?rement effondré juste après m'être assise sur un banc.

  - - -

  J’ouvre doucement les yeux. Un arc de pierre s’étend devant mes yeux. Une lumière apaisante règne dans la pièce. Les deux autres dorment encore, posés sur des bancs non loin. Je n’ai pas pu le faire avant, je me rends au centre du ch?ur, face au grand vitrail représentant Melas, puis m’agenouille. Je prie. Je prie pour les ames perdues, pour mes compagnons et pour tous les vivants. "Et bien… Quelle piété pour prier dès son réveil." Le vieil homme d’hier sort d’une arrière-salle. Il est cette fois en longue robe blanche, la tenue des prêtres de Melas. "Je vous remercie, mon père, pour votre hospitalité." Dis-je, toujours les mains jointes. Il me sourit comme un grand-père sympathique "Oh non, ne remerciez pas. Les suivants de Melas doivent offrir l’hospitalité à quiconque en ressent le besoin. Surtout si ceux-ci sont également des suivants de Melas." Je lui souris également. Ma tenue, même déchirée, est toujours reconnaissable comme celle d’une religieuse. "Dites-moi mon père, j’ai été absente assez longtemps. Y a-t-il eu des nouvelles de l’Ordre ?" Le prêtre se touche le menton et réfléchit. "Pas de missive directement… Mais il nous a fait part, il doit y avoir une semaine maintenant, de la mort d’une paroissienne et de ses protecteurs dans cette région par une attaque de troll." Mon c?ur se serre.

  Ils me croient morte. Alors c’est ?a ? Ils ne m’ont vraiment jamais reconnue comme une sainte hein ? Je le savais. Je l’ai toujours su. C’était évident depuis le début. Alors pourquoi ?a fait si mal ? Ai-je vraiment cru qu’ils me reconna?traient un jour ? Ai-je vraiment eu autant d’espoir en eux ? Non, la réponse est évidente. C’est ma faute. Je les ai crus, et je n’aurais pas d?.

  "Quelque chose ne va pas ?" Le prêtre a senti mon instabilité. "Ah, pardonnez-moi,

  j’imaginais l’effroi de ces personnes. Je vais prier pour elles." Le prêtre a d? sentir que j’avais besoin de rester seule un moment puisqu’il repartit dans l’arrière-salle. Je reste ici, seule. Je prie, mais je ne sais plus pourquoi.

  Pourquoi je fais ?a ? à quoi bon servir Melas si son ordre me rejette ? Melas m’a-t-elle

  vraiment choisie comme Sainte ? à quoi donc a servi ma vie jusqu’à présent ? L’Ordre était ma raison de vivre, d’exister. à quoi suis-je destinée maintenant ? Peut-être que la mort était ma destinée ce jour-là ? Melas elle-même m'a-t-elle abandonnée ?

  Je lève la tête et ouvre les yeux. La lumière traverse son vitrail et illumine la pièce. Une

  larme coule sur ma joue. Je le sais. Je le sens. Melas ne m’a pas abandonnée. Le grincement d’un banc se fait entendre. J’essuie rapidement mon visage puis me retourne. Leims et Abbia me regardent tous deux. Même s'ils essaient d’avoir l’air le plus neutre et confortable possible, la pitié se lit dans leurs yeux. "Depuis quand êtes-vous réveillés ?" Dis-je sur un ton mi-triste, mi-agressif. Leims me regarde droit dans les yeux, il considère probablement mentir "Depuis que tu t’es levée pour aller prier" mais il dit visiblement la vérité. Abbia baisse les yeux "Je ne sais pas ce qu’est cet Ordre, mais il me semble que c’était très important pour toi, n’est-ce pas ? Je suis désolée." Je considère un moment ce que je devrais dire. "Tu n’as pas à l’être. C’est ma faute. Je savais que les dirigeants ne m’ont jamais tenue dans leur c?ur. Et j’ai quand même choisi de leur confier ma vie." Leims me regarde, il ne comprend pas quelque chose "Comment pouvais-tu savoir qu’ils ne t’aimaient pas ?" J’écoute les alentours, le prêtre semble s’être isolé assez loin. "Les Saintes sont des êtres choisis par Melas. Elles doivent guider les croyants vers une vie plus vertueuse, ainsi que défendre les humains contre les démons. En ce sens, ce sont les véritables dirigeantes de l’Ordre. Pour ce faire, elles sont entra?nées, éduquées et presque divinisées. Ce n’est pas mon cas. L’Ordre s’est contenté de le?ons de combat basiques et d’une éducation réduite. J’ai appris l’histoire des saintes du passé. C’est comme ?a que je sais qu’alors que les anciennes saintes étaient entièrement fonctionnelles à leur majorité, ce n’est absolument pas mon cas. Je ne sais pas en revanche pourquoi."

  Leims me regarde contrarié "Donc tout ce temps où tu te foutais de mon ignorance, en

  réalité t’étais pas meilleure ?" Je lui retourne son regard "Même si on est tous les deux en bas de l’échelle, il y a quand même une grande différence de savoir entre nous, Monsieur Je-ne-sais-pas-qui-est-le-Roi-démon." Abbia nous observe, amusée, avant de reprendre une expression sérieuse "Mais donc qu’est-ce qu’on fait maintenant ?" Leims et moi réfléchissons quelques instants. "Je propose de se rendre à l’h?tel de ville pour rapporter la situation du village détruit" propose

  Leims, et je continue "Oui, faisons ?a en priorité. Nous verrons la suite après."

  Après cela, nous sommes allés retrouver le prêtre dans l’arrière-salle. "Merci pour votre

  hospitalité mon père." Je lui serre chaleureusement la main. "Je vous l’ai déjà dit, non ? Pas besoin de remerciement. Les croyants seront toujours les bienvenus dans mon église." Abbia sembla tiquer "Une église ? ?a ne s’appelle pas un temple l’endroit où nous sommes ?" Leims ne dit rien, mais il se pose visiblement la même question.

  Ils sont mauvais pour cacher leurs émotions.

  Le prêtre sourit à l’elfe "Et bien, nous sommes ici dans une église. Il existe trois types

  de batiments religieux. Ceux dédiés à Melas, déesse de la vie et de la création, l’une des deux divinités principales, sont appelés ‘églises’. Ceux dédiés à Destras, l’autre divinité principale, déesse de la mort et de la destruction, sont appelés ‘sanctuaires’. Quant aux autres divinités, ce sont des temples. Par conséquent, les temples doivent représenter la moitié des édifices religieux, l’autre moitié étant uniquement réservée à Melas et Destras. Même si, il faut bien l’avouer, beaucoup au sein de l’Ordre sont mécontents de cette répartition." Après cette le?on de théologie, nous partons en direction de l’H?tel de ville, gracieusement indiqué par le prêtre.

  Hier, il faisait nuit et nous étions épuisés lorsque nous sommes arrivés, aujourd’hui, la ville semble bien plus grande. C’est comme si hier la ville ne n’avait e?t qu’une seule rue, mais qu’aujourd’hui, des milliers étaient apparues. Je peux enfin apprécier la route pavée et les odeurs si variées que la ville a à nous offrir. Nous croisons tout type de gens, aventuriers, soldats, mages, artisans et paysans se partagent les rues. Le bruit des pas et du métal qui claque est partout. Bien que la plupart des gens passent sans prêter attention, nos tenus sales et délabrés nous gagnent quelque regards amusés ou moqueurs. Mais de loin, c’est Abbia qui attire le plus de regards. Non seulement les humains à la peau tanné sont rares, mais les elfes le sont encore plus. Alors pour ce qui est d’une elfe à la peau tanné, c’est presque une attraction. Certains enfants la fuient, d'autres la pointent du doigt. Tout comme les adultes en réalité. Le plus flagrant restent les animaux. Ils la fuient comme la peste. Aucun chien n’ose aboyer. Aucun chat n’ose s’approcher. Tous se cachent ou baissent les yeux dès qu’ils la sentent. L’elfe dégage une aura mystique qui, avec de l’assurance et de l’équipement, serait faire imposer le respect et la peur partout où elle passe.

  Bon, par contre, il vaut mieux oublier une retraite à la ferme.

  Après quelques minutes de marche, nous arrivons à l'H?tel de ville. Il s’agit d’un haut batiment en pierre, de larges fenêtres parsèment ses murs. Une tour sert de clocher au-dessus des portes. Nous entrons. La salle est grande, le sol intérieur est fait de grès, un lustre est allumé mais ce sont les fenêtres qui éclairent véritablement la pièce. Une seule femme, agée mais propre sur elle, derrière un bureau, est présente. Elle épluche des documents sans porter attention aux alentours, mais finit par relever la tête après que nous nous soyons approché d’elle. “Mouis, c’est pourquoi ?” Un ton qui nous fait clairement comprendre qu’elle n’a pas apprécié d'être dérangée. Après lui avoir expliqué la situation du village de Lau, son regard n’a pas vacillé. Elle examine soigneusement nos vêtements. Une rapide expression d’hostilité est passée sur son visage lorsqu’elle a vu Abbia. Elle finit par nous expliquer que nous ne sommes pas les premiers à avoir rapporté la situation, et qu’une patrouille de soldats et de prêtres s'apprête à partir pour le village. Enfin, nous sommes un minimum soulagés. Abbia, clairement mal à l’aise, décide de partir assez vite, rapidement rejointe par Leims et moi.

  Une fois dehors, nous nous figeons. Que faire à présent ? Leims prend les devants et demande à Abbia “Alors, que vas tu faire maintenant ? Ton objectif est de découvrir le monde non ?” Je lève un sourcil, je ne le pensais pas si perspicace. Abbia regarde la rue et les gens passer “Et bien, oui c’est vrai. Mais ce n’est pas exactement ?a… C’est plus comme… une étape optionnelle vers mon véritable objectif.” Elle prend une pause de quelques secondes, “Mon vrai objectif, c’est de devenir la mage la plus puissante du monde.” Leims et moi nous figeons. “Mais tu es une elfe noire…” je souffle, presque désespérée. “Oui, c’est vrai. Mais c’est justement pour ?a. Je veux montrer à mon peuple, vous montrer, montrer aux autres races que les elfes noires ne sont pas la pire race de magie. Ainsi, j’espère faire en sorte que les gens arrêtent de décourager les rêveurs. Je vais leur prouver que tout est possible !” Un sourire éclaire son visage, et déteint sur nous. “Et toi Raine ?” Leims continue, son sourire et celui d’Abbia me font me poser sincèrement la question.

  Qu’est ce que je veux faire à présent ? Oui, c’est ?a, je ferais ce que je veux !

  “Et bien, l’Ordre ne m’a jamais apprécié. Il m’a même retenue en réalité. Je compte leur faire payer ! Je vais devenir si connue, que personne ne pourra plus ignorer le nom de Raine Lehart !” Leims et Abbia me sourient. Je regarde le vagabond dans les yeux “Et toi Leims ?” Il semble légèrement pris par surprise à ma question. Il réfléchit longuement, puis dit “Moi ? Je ne sais pas vraiment. Mais s’il y bien une chose que j’aimerai faire, c’est explorer le monde à la recherche de grandes richesses.”

  Un objectif purement vénal alors hein ? Non, c’est normal venant de quelqu’un qui n’a jamais rien eu.

  Je lui souris “Alors, que dis-tu de faire équipe ? Si je trouve moi aussi de grands trésors, personne n’oubliera mon nom, n’est ce pas ?” Leims me rends mon sourire “Oui pourquoi pas, mais nous aurons besoin de la plus grandes des mages pour ?a.” Nos regards se tournent vers Abbia. Elle rougit. “Oui… Vous pourriez en avoir besoin… C’est d’accord !” Je leur tends ma main. “Alors à partir de maintenant, nous serons partenaires, c’est d’accord ?” à tour de r?le, ils prennent ma main. Désormais, nous sommes de vrais compagnons !

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